Distances
Venue
Galerie Polka, until 7.3.2026
Solo show
Date & location
23.1.2026 — 7.3.2026
Paris
Address
Galerie Polka
Cour de Venise
12, rue Saint-Gilles
75003 Paris, France
Photo credit
Grégory Copitet
Text
Dans un monde où la vitesse semble dicter jusqu’à la manière de voir, Mikael Siirilä avance à rebours. Lentement. Silencieusement. Avec cette obstination tranquille des artisans qui refusent de céder à la facilité du flux. Pour Mikael Siirilä, la photographie n’est pas un médium, c’est un métier, au sens le plus ancien du terme : un savoir-faire. Avec l’exposition « Distances », la galerie Polka présente pour la première fois son travail. Une oeuvre rare, patiemment façonnée par ses soins dans la pénombre du laboratoire, où chaque image naît d’un dialogue entre la main, la lumière et le papier.
Né en 1978 en Finlande, il grandit à Lauttasaari, île-quartier d’Helsinki surnommée « l’île du bonheur ». C’est peut-être là, dans cette clarté nordique et parcimonieuse, qu’il a appris à regarder. A quelques pas de la mer, au contact de la nature et de ces bois où la lumière se fait rare. Un calme et une tranquillité qui rappellent celui de la chambre noire, allégorie d’un cocon où le temps s’arrête. « Tard dans la nuit, sous la lueur rouge des lampes inactiniques, tout commence à prendre une dimension nostalgique et sentimentale », confie-t-il.
Pour Mikael Siirilä, la photographie n’est pas un médium, c’est un métier, au sens le plus ancien du terme : un savoir-faire. Avec l’exposition « Distances », la galerie Polka présente pour la première fois son travail. Une oeuvre rare, patiemment façonnée par ses soins dans la pénombre du laboratoire, où chaque image naît d’un dialogue entre la main, la lumière et le papier.
Le Finlandais ne photographie qu’à l’argentique. Siirilä y trouve un rythme, une résistance, une latence indispensable à son regard. Ses images sont construites à l’instinct, puis laissées entre les mains du hasard chimique, où le développement inscrit sa trace. L’épreuve argentique elle-même n’est pas tout à fait noire et blanche : elle tend vers des tons plus chauds, crème ou dorés, que Siirilä obtient par virages, en plongeant le tirage dans un dernier bain de thé. Ce geste confère à ses images un rendu délicat, comme si le temps s’était doucement déposé sur des oeuvres petites, parfois minuscules, face auxquelles il convient de s’approcher. Ou qu’il faut examiner tel des objets précieux, dans la paume d’une main.
Dans l’intimité de la contemplation, on découvre alors ses sujets, toujours fragmentés, saisis dans l’entre-deux du visible. Ses images sont des morceaux de mémoire qui retiennent ce qui pourrait disparaître. Et qui révèlent ce qui se donne pas d’emblée grâce à la magie de l’effet Koulechov :« Montrer deux images ensemble, c’est en créer une troisième, invisible. La distance entre deux images sans rapport entre elles est ainsi comblée. » Dans les pas de Ralph Gibson, autre adepte du genre, Siirilä explore alors la force du fragment et du silence. Mais là où l’Américain cherche la tension, la charge symbolique ou sensuelle dans le détail d’un objet ou d’un corps, le Finlandais cherche le calme, la caresse, la respiration du monde.
A l’heure où les images se consomment et l’avénement de l’IA, lui s’évertue à les fabriquer, tel un horloger minutieux dans son antre, où se joue un rituel sacré.-Visages perdus dans la lumière, ombres semblant respirer… On pense parfois à Josef Sudek ou à Masao Yamamoto : la même économie de moyens, la même humilité face au monde.
Pour l’exposition « Distances », Mikael Siirilä imagine des diptyques, des associations d’images dont les détails se répondent et ouvrent des espaces de récit. Le dessus d’une épaule dialogue avec une porte entrouverte ; la fissure d’un mur avec une trace de lumière. Ces rapprochements discrets laissent surgir un fil narratif, comme si chaque spectateur était invité à inventer son propre conte. Et à combler, à la lisière du visible, la distance entre les deux.
Text by Polka Galerie






